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La promesse
Sarah raccroche le téléphone. Elle vient d'apprendre qu'Alexandre est très malade. Les yeux assombris par l'inquiétude elle a mal. Elle retient ses larmes, décroche le combiné et
réserve une place de train pour le lendemain matin. Elle doit le rejoindre, elle a promis.
La vie les a séparés mais une promesse a été faite vingt ans plus tôt. Elle n'a d'autre choix que de l'honorer. En souvenir du passé et de l'amour. Alexandre, la passion qui brûla deux années de
sa vie, s'en est souvenu aujourd'hui en l'appelant après si longtemps.
Les images se libèrent de la mémoire nouée de Sarah. Ils étaient installés à une table, dans un troquet à Paris. Il l'avait regardée puis, d'un ton grave, avait exigé d'elle qu'elle soit présente
pour lui à l'instant de l'ultime départ. Il voulait que Sarah lui offrît son dernier regard en cadeau avant de partir. Les mots résonnent encore : "Lorsque la mort viendra, elle aura tes yeux".
Elle avait pleuré et pris entre ses mains le visage d'Alexandre déjà marqué par les ans. La cruelle loi de la nature imposerait qu'il s'en aille avant elle mais, mue par elle ne sait quelle
puérile inconscience, elle avait préféré l'ignorer. Pourtant, maladroitement et à contre coeur elle lui avait répondu "Je promets". Ces deux petits mots lourds, très lourds, l'avaient
engagée à tout jamais.
Elle se laisse bercer par le roulement de la rame et sourit en repensant au rythme effréné, à cette passion démesurée dans laquelle ils avaient croqué chacun des instants qu'ensemble ils avaient
passés. Mais la colère est plus forte pour Sarah qui croit encore éternels ceux qu'elle aime. Elle découvre, amère, que les fils ténus de la vie finissent par se briser. Elle se sent brutalement
projetée dans une réalité qu'un instinct de survie l'avait contrainte à croire fictive.
Colère, désillusion, peur qu'Alexandre ne l'attende pas. Elle hait ces minutes qui, par caprice, pourraient lui devenir fatales. Les clichés se pressent les uns après les autres et s'installent
comme une évidence. Comment les repousser lorsque la magie des silences, l'exaltation des sens et la connivence des âmes transforment les débuts d'une passion en une folle histoire d'amour ? A
quoi bon leur imposer l'oubli ? Ils sont tatoués à jamais dans son patrimoine émotionnel.
Une jeune femme assise non loin console sa petite fille qui vient de se blesser. Une petite goutte de sang perle à son doigt. Sarah observe la scène et elle se souvient. C'était un après-midi, un
de ces moments où elle et Alexandre se retrouvaient. Pour parler, pour s'aimer ou simplement ne rien dire. Pris par le feu de leur frénésie amoureuse, mais aussi d'un petit grain de folie douce,
ils avaient mêlé leur sang. Juste une goutte. Comme des enfants, ils avaient fait un pacte. Ce geste symbolique avait été le gage d'une union éternelle quoi qu'il arrive. L'instant avait
été solennel et ils y avaient cru. Une infime entaille avait scellé le serment. L'alliance fut nouée dans une étreinte paradoxalement douce et violente à la fois. Ils étaient fous autant que
leur histoire était belle. Elle ferme les yeux et réalise que cette perle d'amour coule certainement encore dans ses veines même si le temps en a dilué la force.
Combien de temps s'est-il écoulé depuis que le train a quitté la gare ? Du temps ! Voilà ce qu'il lui manque.
Dans quelques minutes le train arrivera à destination. Dans moins d'une heure ils se retrouveront. Dans son sac, elle a emporté un portrait d'elle qu'un ami photographe avait réalisé et
qu'Alexandre lui avait demandé de conserver précieusement. Elle en a pris grand soin. Il y a vingt ans, au dos de la photo, elle avait écrit une dédicace. Et même si celle-ci a jauni, et
même si l'encre a pâli, elle pourrait réciter chaque mot, chaque souffle.
"Ne perds jamais cette image. N'oublie jamais ce visage. Non parce qu'il est le mien mais parce qu'il est le nôtre. Ne vois-tu pas ton ombre au fond de mes prunelles ?"
Dieu qu'elle eût préféré ne jamais avoir à tenir cette promesse ! Pourtant, Sarah est sereine. Et si son coeur est lourd, c'est l'âme en paix qu'elle se sent prête à dire au revoir à
Alexandre et lui offrir son regard pour la dernière fois.
Cela peut parfois coûter en effet mais je suis d'accord, une parole est une parole. Bises à toi Danyboy
Chère Constance, je pourrais imaginer une suite mais elle serait alors complètement inventée car je ne peux écrire ici ce que je pense être la fin de ce futur hypothétique "roman". Cela dit, pourquoi pas ? Ce serait pour moi un exercice intéressant et...puisque tu me le demandes si gentiment....Lol. Si je comprends bien, du travail m'attend. Bisous à toi Constance et merci de m'avoir lue.
Nous faisons parfois (souvent) des transferts quand on lit une histoire et l'esprit s'envole. Les souvenirs reviennent. Alors ma Sarah, une histoire passionnée aussi ? Merci de tes visites et j'espère te revoir chez toi. Bises
Bonjour chana, encore un beau texte, j'aime lire tes textes on sent beaucoup de sensibilité, à travers tes personnages, bisous bonne journée à toi aussi
C'est une triste promesse, mais tellement jolie qu'on en oublie la fin délicate. Mais cette fin, fait parti de leur histoir elle les lient pour l'éternité. Merci Chana
Au plaisir, Luna
Coucou Chana...Quel beau texte, un morceau de tes écrits si je comprends bien...l'ensemble sera passionnant car on a envie de lire encore et encore et pourtant j'avoue ne pas avoir beucoup de temps, mais je l'ai pris pour aprécier ce texte à sa juste valeur, je l'ai même relu pour pouvoir fair le bon com...l'histoire de la goutte de sang m'a fait penser à autre chose et mon imagination cavalait aussi....Bravo...As-tu déjà publié quelque chose ? si oui, ça m'intéresse....car tu écris comme j'aime...bisous...bonne soirée...
émouvant...merci pour tes coms très sympa
tilk
Maître Po
(site web)
le: 11/11/2007 12:49:57 Apparemment nos valeurs se rejoignent. Merci de tes visites Jeanmich.
Merci d'être parmi ceux qui liront ma suite avec plaisir...si suite il y a.
Tu as parfaitement compris l'esprit de cette petite histoire courte. Le thème étant la parole donnée, le reste, même s'il peut être important, n'est pas primordial. En tous les cas à ce stade. Merci de me lire Lo. Passe une bonne soirée.
Bonjour Chana, j'ai comme l'impression qu'il y aura une suite, ou je me trompe ? J'ai hâte de savoir... J'ai trouvé qu'il y a dans ton écriture quelque chose qui tient de Marce Lévy ou Guillaume Musso : une écriture juste, directe et pleine de sensibilité...
Bien à toi (Et merci pour te passages sur mon blog)
Rémy
Coucou Chana...Je me pose des questions...Les virus traverseraient -ils les écrans ?...Comme l'airaignée, seraient-ils à l'aise sur la toile ?..Je te souhaite une meilleur santé, mais tu en as bien pour une semaine à te sentir fatiguée, je pense....Bon courage ! Bisous...
La synthèse que tu fais en commentaire fait battre mon coeur aussi fort que lorsque j'ai écrit ce texte. Merci Eawyne
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