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Tic-tac, tic-tac
Tic-tac, tic-tac ! Les aiguilles tapent contre la paroi. Tic-tac, il les savoure. Il entend chaque son et écoute chaque minute.
Il ne se souvient pas de tout, il sait seulement qu'il revient de loin. C'est ce que les médecins lui ont dit lorsqu'il est sorti du coma quatre jours plus tôt. Depuis qu'il a rejoint le monde
des vivants, tout est émerveillement. La chambre aseptisée et impersonnelle dans laquelle il se trouve lui parait le plus beau des palais, le plus fabuleux des châteaux.
Son plus beau souvenir remonte à quatre jours quand, enfin revenu à la vie, on avait retiré de sa gorge le tube qui lui servait à respirer. L'équipe médicale s'était affairée autour de lui, les
moniteurs avaient vu leur tracé s'emballer et les blouses blanches avaient entamé un ballet de va-et-vient en parlant un jargon qu'il ne comprenait pas. Qu'il fût doux de les entendre même si les
mots ne lui parvenaient que de très loin ! Trois jours plus tard il avait écouté le bilan : le coma n'avait pas laissé de séquelle. Le corps médical lui-même avait eu du mal à le
croire.
Son état ne nécessitait à présent qu'un long repos et son élocution, quelque peu ralentie, s'améliorera avec le temps. Il savait que, à sa sortie de l'hôpital, une rééduction assidue qui durerait
plusieurs mois serait la prochaine étape. Il était prêt à tous les efforts. Il ne se souvient pas des circonstances de l'accident. Il était en train de conduire puis plus rien. Le grand vide. Il
a ouvert les yeux dix-huit jours après le drame.
"J'ai beaucoup de chance", ne cesse-t-il de répéter à qui veut bien l'entendre. Le choc a été violent et son véhicule a fait plusieurs tonneaux avant d'aller percuter le poteau du réverbère qui,
lui, avait cédé. Il n'avait pas bouclé sa ceinture et les premiers secours avaient rapidement posé leur diagnostic : sérieux traumatisme crânien, côtes enfoncées, jambe brisée et diverses
contusions.
Tic-tac, tic-tac, le bruit ne cogne pas dans sa tête. Il ne l'exaspère pas. Il bénit ces témoins du temps qui passe. Il est en vie et cette sensation d'éternité retrouvée le berce, le transporte
et lui fait découvrir ce que, nourrisson, il avait oublié : la force et la magie de la naissance. Sa renaissance. Et avec elle, les émois mais aussi ce léger malaise qu'il ne s'explique pas.
Il se sent perdu et troublé. Perdu mais heureux, si heureux de vivre.
Ses jours ne sont plus en danger et ses pensées vont vers sa femme et ses enfants. Il sait dorénavant qu'il profitera de chaque instant passé avec eux ainsi que de son jardin et de sa maison
récemment acquise. C'est l'été et dehors les rayons du soleil traversent les persiennes. Il ferme les yeux et se laisse caresser par la chaleur d'un astre qu'il a la sensation de ressentir pour
la première fois.
Dorénavant, il prendra le temps. Plus rien ne sera comme avant : il observera les fleurs d'un peu plus près ; il regardera le bleu du ciel et sentira le souffle du vent ; la pluie ne sera plus
une simple intempérie mais des notes de musique qui viennent s'échouer sur son corps ; la neige sera la plus belle des immensités blanches dans laquelle il fera bon se perdre ; ses yeux auront
faim de tout et son coeur battra pour tous. Il n'y aura plus de temps mort. D'ailleurs, la mort n'a pas voulu de lui. Trop tôt. Il a bien l'intention de déguster cette seconde chance. Lentement,
très lentement. Plus rien ne lui échappera. Il a tant de projets et tellement de temps pour y penser ! Pour le moment, il doit se reposer, il est encore bien faible.
En réanimation, les visites sont très réglementées et sa femme n'a eu droit qu'à une heure auprès de lui. Elle est repartie en pleurant après avoir déposé un lourd aveu à son chevet. Demain, la
police viendra l'interroger parce que, dix-huit jours plus tôt, il conduisait
avec 3,7 grammes d'alcool dans le sang. Les occupants de la voiture qu'il a entraînée dans sa course folle n'ont pas survécu.
Tic-tac, tic-tac, il ne supporte plus le bruit des aiguilles qui lui rappellent à chaque seconde le criminel qu'il est devenu. Il se met à pleurer. De ces pleurs qui arrivent trop tard ! De ces
regrets qui ne ramèneront personne ! De cette colère stérile et brutale qu cogne dans sa tête et dans sa poitrine et lui martèle, à le rendre fou, qu'il n'aurait jamais dû prendre le volant alors
qu'il en était incapable. Alors qu'il n'en avait pas le droit !
Tic-tac, tic-tac, plus rien ne sera comme avant. Il a fauché deux vies. Il a arrêté l'histoire de ces inconnus qui, eux, n'ont pas eu sa chance et n'entendront plus jamais la sonnerie du
réveil leur annoncer le départ d'un nouveau jour qui se lève.
J'avais bien pensé à insérer des tic-tac plus nombreux et plus martelés mais j'ai pensé, peut-être à tort, que cela risquait de faire un peu lourd. Etais-tu dans ma tête lorsque j'ai écrit ce texte pour en avoir senti le revirement aussi vite ? En fait, j'ai voulu montrer une progression dans ce bonheur retrouvé pour lui et, finalement, porté l'estocade dramatique que tu as lue. Merci pour ton commentaire. Bonne journée à toi Eawyne et merci de ton passage.
De toutes les façons, même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Je l'ai fait une fois dans ma vie et les personnes qui me connaissent très bien l'ont senti. Il manquait quelque chose. Quelque chose comme : l'émotion. Je n'ai pas d'autre choix que de m'en remettre à mon propre rythme.
Je te souhaite la bienvenue Tietie007. Merci de ton passage et de ton commentaire. Oui, destins brisés.
Et elles lui paraitront bien longues désormais. Bon dimanche à toi Eleonore
Tu as sans doute raison et je te remercie Nymphea. Bises
Bonne soirée à toi aussi. Bises Christel
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